16.12.2008

Le journaliste et la sirène

WEERTSDu vrai roman noir. Des putes et des skinheads, un journaliste, un mac violent et expéditif, des flics (gentils et méchants), un rédac'chef, des militants d'extrême droite qui orbitent autour d'un bordel du quartier nord de Bruxelles, l'Alexandrie.
Antoine Daillez, chroniqueur de faits divers dans un quotidien bruxellois, fait un héritage singulier et insoupçonné de son grand-père : un claque et un passé de collabo nationaliste.
L'histoire que nous raconte François Weerts se déroule en 1984, à l'époque où le quartier Nord de Bruxelles ne ressemblait pas encore à la City de Londres, à un mini-Manhattan propret.
Avec en toile de fond, le mariage du néo-nationalisme flamingant avec les anciens collabos, ce premier roman d'un journaliste belge interpelle mais surtout divertit. Il ne décevra pas les hordes de lecteurs conquis par le fameux Millenium dont il partage les appartements.
Rencontre avec l'auteur sur les lieux du crime dans le quartier de la gare du nord, encore authentique mais toujours mal famé.

  FRANCOIS WEERTS - Brice Depasse 1

François Weerts10Photo : Alain Trellu

Les sirènes d'Alexandrie, François Weerts, Actes Sud (Actes noirs), novembre 2008, 317p., 18€00 env.

Les sirènes d'Alexandrie (suite)

François Weerts33Deuxième partie de l'entretien avec François Weerts et second extrait des "Sirènes d'Alexandrie:

  FRANCOIS WEERTS - Brice Depasse 2

Dans la bruine d'automne qui brouille les lumières de la nuit bruxelloise, la lueur des néons projette sur les pavés inégaux une mosaïque extravagante de jaune criard, de rouge sang, de vert fluo, tranchée par l'éclat blanc des phares. Tête contre cul, les voitures s'enfilent dans le dédale des rues proches de la gare du Nord. Les conducteurs ont mis en marche leurs essuie-glace à la vitesse maximale pour savourer la moindre parcelle de la chair étalée derrière les vitrines. Parfois, un mamelon pointe hors d'un corsage. Échappée purement accidentelle. Un rapide geste de la main suffit à rentrer l'impertinent dans sa tanière. Et si les galbes sont forcés, les formes appuyées, les fesses tendues, inutile d'être à l'affût d'une toison qui jaillirait d'un entrejambe et sur laquelle se cristalliserait la convoitise des passants. Inutile a fortiori de guetter un sexe épilé offrant toute la gloire de sa nudité extrême. Car dans le quartier, l'impudeur a les mêmes limites qu'au poker. Pour voir, il faut payer.

François Weerts13Photos : Alain Trellu

WEERTS

Les sirènes d'Alexandrie (suite et fin)

François Weerts37Dernier podcast, dernier extrait :

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Antoine regarde vers le bar désaffecté dont l'enseigne n'a pas été retirée, le Pink Panther. Est-ce de circonstance se demande-t-il en sentant la main de Sonia se lover dans la sienne. Deux types des pompes funèbres sortent de l'établissement avec le cercueil, posé sur un portique. Ils prennent conscience des filles amassées devant eux. Leur attitude compassée, commandée par un automatisme professionnel de bon aloi, se métamorphose. Leur sourire est d'abord retenu, puis ébloui, égrillard même. On les voit détailler les charmes qui s'étalent sous leurs yeux, des minois tout mignons, des seins à gogo, de la cuisse à en perdre la tête. Ça chahute dans leurs pantalons. Ils ont envie d'expédier la corvée pour revenir tout à l'heure, quand ces dames travailleront. Et comme tous leurs sens sont tendus dans une direction, leur attention se relâche. À cause du manque d'entretien délibéré des voiries du quartier, le trottoir est défoncé. Plusieurs pavés manquent. La bordure en pierre bleue qui sépare l'accotement de la chaussée est disjointe. Du coup, mieux vaut s'appliquer si l'on pousse un chariot dans cet environnement bancal. L'inévitable se produit. Un bruit détestable et les amies de Mémé Tartine contemplent les deux croque-morts, les bras ballants, immobiles devant le cercueil de la défunte, affalé au pied du praticable.
— On l’a pas fait exprès, dit l’un sans s'adresser à personne en particulier.
— Ce truc a glissé, se justifie l’autre.
Se faufilant entre les bâtiments depuis les hauts de Saint-Josse, un vent glacial s'est levé. Glacial comme l'assistance, figée dans un silence horrifié.


François Weerts16
Photos : Alain Trellu

WEERTS

02.12.2008

Ce matin sur Nostalgie

WEERTSPrésentation dans le Grand Morning, avec Philippe et Laure, du premier roman (noir) de François Weerts (dont l'action se déroule dans le quartier des bordels de la gare du nord de Bruxelles) et, en poche, du classique de Kennedy Toole qui reparaît dans un très beau format chez 10:18.



TOOLELes Sirènes d'Alexandrie, de François Weerts, Actes Noirs (Actes Sud), novembre 2008, 317p., 18€00 env.

La conjuration des imbéciles, Edition spéciale, de John Kennedy Toole, 10 : 18, novembre 2008, 532p., 12€00 env.