18.07.2010

Fête nationale

ZHEROS.gif Petit clin d'oeil à la fête nationale française – qui fut, je l'espère pour vous, belle et bonne - penchons-nous sur un palmarès sympathique: celui des grands nuls de l'Histoire de France.

Attention: n'est pas grand Zéro qui veut.

Clémentine Portier-Kaltenbach s'interroge avec un sérieux irrésistible sur les conditions du vrai ratage historique.

Ces hommes - forcément - qui menèrent aux plus avérés fiascos leur armée, leur bateau.

Zhéros pointés, nullités certifiées  passent, sous la plume alerte et vivante de l'historienne, ce quart d'heure qui signe leur passage à la postérité: un roi Dagobert, nanti de cinq épouses répondant aux doux prénoms de Gamatrude, Nanthilde, Raintrude, Vulfégonde et Berthilde, un James Cook "mangé par des Hawaïens quelque part dans les îles Sandwich"  tandis que le Maréchal Grouchy sucre ses fraises en pleine déconfiture napoléonienne...

Une façon bien sympathique de (re)visiter les moments forts de l'Histoire.

Apolline ELTER


Grandz Zhéros de l'Histoire de France, Clémentine Portier-Kaltenbach, JC Lattès, mai 2010, 304 pp, 18 €


 

La croix et la bannière…

Les intellectuels catholiques en Belgique francophone aux 19e et 20e siècles.jpgOuvrage collectif fort savant, Les intellectuels catholiques en Belgique francophone aux 19e et 20e siècles, rédigé par un groupe international et pluridisciplinaire d’universitaires placés sous la direction du professeur Guy Zelis, après avoir abordé la problématique théorique et historiographique de l’histoire intellectuelle en général, se penche sur le parcours individuel et « exemplatif » (comme on dit chez nous) de personnages aussi divers que le fort droitier premier président de la Fédération des scouts catholiques Valentin Brifaut (1875-1963), le théologien, philosophe social et militant wallon Jacques Leclerc (1891-1971), l’auteure pour la jeunesse Jeanne Cappe (1895-1956), l’historien et résistant Léon-Ernest Halkin (1906-1998), l’écrivain bien connu Henri Bauchau (°1913), les jésuites bollandistes Victor De Buck (1817-1876), Charles De Smedt (1833-1911) et Hippolyte Delehaye (1859-1941), l’abbé de gauche Antoine Pottier (1849-1923), le metteur en scène Oscar Lejeune (1904-1970), l’exégète orientaliste et recteur de l’UCL Paulin Ladeuze (1870-1940), le président du Mouvement ouvrier chrétien et co-fondateur de Louvain-la-Neuve André Oleffe (1914-1975) et le philosophe logicien Jean Ladrière (1921-2007).

L’ensemble donne une image composite, tout en engagements contradictoires, en sincérités diverses et en tiraillements internes, de la « Cité chrétienne » telle qu’elle fut édifiée durant les 175 premières années d’existence de la Belgique, elle-même partiellement bâtie sur le sable, comme le montre sa situation politique actuelle, que ce brillant essai contribue à décrypter. Grâces lui en soient rendues !

Bernard DELCORD

 

Les intellectuels catholiques en Belgique francophone aux 19e et 20e siècles, sous la direction de Guy Zelis avec la collaboration de Luc Courtois, Jean-Pierre Delville et Françoise Rosart, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, collection « Temps et Espaces », 2009, 394 pp. en noir et blanc sous couverture brochée en quadrichromie, 38 €

 

05.07.2010

La guerre au quotidien

Apocalypse en BelgiqueOn se souvient d’Apocalypse, la série télévisée documentaire qu'Isabelle Clarke et Daniel Costelle ont consacrée à la Seconde Guerre mondiale, série qui a profondément marqué les esprits en France et en Belgique. Sa diffusion sur les antennes de la RTBF s'est accompagnée de nombreux témoignages que Bruno Deblander & Louise Monaux ont consignés dans un ouvrage passionnant publié aux Éditions Racine/RTBF sous le titre Apocalypse en Belgique 1940-1945, un recueil de courts récits particulièrement éclairants sur les années de guerre et d’occupation allemande en Belgique telles qu’elles furent vécues par monsieur et madame tout-le-monde. De nombreuses facettes de cette époque sont abordées : la guerre de 1940, la capitulation, l’exode des populations, l’occupation, la faim, la résistance et la collaboration, la déportation, les réfractaires, les bombardements, la Libération, le retour des déportés, la bataille des Ardennes, le 8 mai 1945 et la capitulation allemande, avec leur lot « de sang, de sueur et de larmes », comme l’avait prédit Winston Churchill. Le tout exprimé avec beaucoup de franchise, de dignité et de retenue. Et de noblesse de l’âme, la vraie…
Bernard DELCORD

Apocalypse en Belgique 1940-1945 Témoignages inédits par Bruno Deblander & Louise Monaux, Bruxelles, Éditions Racine/RTBF, avril 2010, 187 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,95 € (prix Belgique)

02.07.2010

« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ! » (André Malraux)

Le petit livre des grandes phrasesDans Le petit livre des grandes phrases paru aux Éditions First à Paris, le professeur agrégé Gilles Guilleron raconte l’histoire d’un certain nombre de phrases célèbres qui ont fait l’Histoire et dont on ignore souvent l'origine : « À cœur vaillant, rien d'impossible », « To be or not to be, that is the question… », « Qui m'aime me suive ! », « Il ne faut pas être plus royaliste que le roi », « Soldats ! Songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! », « Je suis un Berlinois », « J'ai fait un rêve », « L’enfer, c’est les autres », « Il est interdit d’interdire ! »… Aphorismes, bons mots, pensées profondes ou idées fugaces, ces formules demeurent présentes dans la mémoire collective, et il n’est donc pas vain d’en reconnaître l’origine autant que le sens initial. Car « science sans conscience n’est que ruine de
l’âme », comme disait Rabelais !
Bernard DELCORD

Le petit livre des grandes phrases par Gilles Guilleron, Paris, Éditions First, avril 2010, 156 pp. en noir et blanc au format 8,5 x 12 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 2,90 € (prix France)


Pour vous, nous avons recopié dans ce petit recueil éclairé les deux notices suivantes :

« Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. »
Pierre Kropotkine (1842-1921)

Après une brève carrière militaire, notamment dans un régiment cosaque, Pierre Kropotkine se consacra d'abord à la géographie en participant à des missions scientifiques avant de s'investir complètement dans la pensée et l'engagement politiques. Théoricien de l'anarchisme, ce qui lui vaudra de nombreux séjours en prison et une vie d'exil, il milite activement pour une société idéale qui s'organiserait sur un principe fondamental d'entraide sans recours à un pouvoir et à des institutions étatiques. Réfugié en Suisse, Kropotkine fonde en 1879 un journal, Le Révolté, où il développe ses thèses anarchistes. C'est dans l'un de ses nombreux articles qu'il affirme « les libertés ne se donnent pas, elles se prennent ». En 1885, son ami anarchiste, le géographe Élisée Reclus, publiera un recueil de tous ses articles intitulé Paroles d'un révolté. De retour en Russie après la révolution de 1917, Kropotkine restera fidèle à ses convictions anarchistes en refusant de devenir ministre.
Élisée Reclus conclut sa préface de Paroles d'un révolté par ces mots : « Ne dites à personne : Maître, Maître ! Que chacun reste maître de soi-même. »

« La démocratie, c'est l'oppression du peuple par le peuple. »
Oscar Wilde (1854-1900)

Brillant provocateur, dandy et écrivain reconnu (Le Fantôme de Canterville, 1887 ; Le Portrait de Dorian Gray, 1889), Oscar Wilde mena la vie qu'il avait choisie jusqu'en 1895. Là, son destin bascula du côté de la tragédie : condamné à deux ans de travaux forcés pour son homosexualité, il ressortit brisé de prison. Amateur de bons mots, de paradoxes et d'aphorismes, il aimait pointer avec humour les contradictions de la société comme dans cette formule « La démocratie, c'est l'oppression du peuple par le peuple » (Intentions, 1891)... où il détourne la célèbre phrase du président américain Lincoln « La démocratie, c'est le gouvernement du peuple par le peuple, pour le peuple ». On observera qu'ici Oscar Wilde s'amuse à « forcer » l'étymologie grecque du mot démocratie : demos, le peuple; et cratos, le pouvoir de gouverner.
Voici quelques-uns de ses aphorismes :
« Dieu, en créant l'homme, a quelque peu surestimé ses capacités. »
« Une chose n'est pas nécessairement vraie parce qu'un homme meurt pour elle. »

01.07.2010

Au cœur d’un monde en péril

Les jours de l’aventureLe deuxième tome des reportages de Joseph Kessel a été republié chez Tallandier à Paris, dans l’excellente collection
« Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, sous le titre
Les jours de l’aventure (Reportages 1930-1936)
et on y voit le grand bourlingueur de la presse que fut l’auteur du Lion se lancer en 1930 avec Henri de Monfreid sur les traces des chasseurs d’esclaves en mer Rouge et à Djibouti, suivre en Allemagne la campagne électorale présidentielle de 1932 qui vit s’affronter Hitler et Hindenburg, descendre la même année dans les bas-fonds berlinois à la rencontre de la pègre locale et en remonter pour assister à l’élection de la peste brune au Reichstag avant de s’envoler en 1933 pour les États-Unis en pleine dépression sociale, monter au casse-pipe avec les francs-tireurs de Barcelone en 1934 et enfin assister à Londres en 1936 aux funérailles du roi George V, le « dernier empereur des
Indes ». Les récits sont bien évidemment palpitants, le point de vue généralement saisissant et le ton digne des plus grands romanciers. Autant de bonnes raisons pour se plonger au plus vite dans la lecture de cet ouvrage tout simplement formidable !

Bernard DELCORD

Les jours de l’aventure (Reportages 1930-1936)
par Joseph Kessel, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, février 2010, 315 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 € (prix France)

Fasten seat belts, please!

L’Histoire de l’aviation pour les NulsIngénieur à l’Office national [français] d’études et de recherches aérospatiale, Philippe Benhamou est l’auteur d’une remarquable Histoire de l’aviation pour les Nuls, publiée récemment aux Éditions First à Paris et préfacée par Gérard Feldzer, le directeur du Musée de l’Air et de l’Espace installé à l’aéroport du Bourget. L’auteur y mène à la découverte des héros de la conquête du ciel, bien entendu, et il présente aussi la diachronie des aviations civile et militaire, les avions de légende et les dix records à battre, mais il détaille également l’histoire des aéroports, du contrôle aérien et de la sécurité tout en présentant les avions du futur (comme l'avion solaire ou l'aile volante) et en recensant les meetings aériens et les salons aéronautiques à ne pas manquer.
D’Icare et Bellérophon jusqu’à Burt Rutan (le concepteur des prototypes Voyager et GlobalFlyer, ce dernier ayant permis au pilote Steve Fosset d’accomplir en mars 2005 son fameux tour du monde en solitaire, sans escale et sans ravitaillement, effectué en 67 heures) en passant par les fameux « sauteurs de tours », par Léonard de Vinci, les frères Joseph & Étienne Montgolfier, Jean-Marie Le Bris, Otto Lilienthal, les frères Wilbur & Orville Wright, Clément Ader, Louis Blériot, Antoine de Saint-Exupéry, Charles Lindbergh, Hélène Boucher, Jacqueline Auriol ou André Turcat et en embarquant le lecteur à bord de la Chauve-souris à vapeur, du Spirit of Saint-Louis, d’un Spitfire, d’un De Havilland Comet, du Concorde, d’un Boeing 747, d’un Rafale ou d’un A380, cet ouvrage raconte comment l’un des rêves les plus anciens et les plus inaccessibles de l’homme est devenu une réalité quotidienne pour un nombre sans cesse croissant de passagers de ligne coursant désormais les oiseaux...
Bernard DELCORD

L’Histoire de l’aviation pour les Nuls par Philippe Benhamou, préface de Gérard Feldzer, Paris, Éditions First, mai 2010, 352 pp. en noir et blanc + 16 pp. en quadrichromie au format 19 x 23 cm sous couverture brochée en couleur, 22,90 € (prix France)

24.06.2010

Indépendance ? Ta-ta-ta…

Congo 60 au fil des actualités Belgavox

















C’est un temps que les Belges de moins de cinquante -cinq ans ne peuvent pas connaître, celui de la présentation hebdomadaire, en noir et blanc et dans les salles obscures du Royaume, de l’actualité mondiale par la société Belgavox, en prélude à la projection d’un dessin animé puis du film pour lequel les spectateurs s’étaient déplacés. C’était l’époque où notre « vaillant petit pays » comptait pas moins de 1100 salles de cinéma, et peut-être guère plus de téléviseurs…
L’époque aussi de la subite émancipation du Congo Belge, aux péripéties de laquelle Belgavox consacra pas moins de 2500 reportages filmés et commentés en voix off, comme il se devait en ces temps reculés du journalisme à la Frank Capra et à la Bob Capa.
Ces reportages constituent bien évidemment un trésor documentaire que l’essayiste France Debray a eu l’excellente idée d’exploiter en ces temps de commémoration du cinquantenaire de l’Indépendance cha-cha-cha, en s’associant pour l’occasion à Philippe Fannoy, l’actuel patron de Belgavox dont les activités se sont désormais tournées vers le cinéma documentaire.
Le résultat est un petit bijou intitulé Congo 60 Au fil des actualités Belgavox, paru aux Éditions de La Renaissance du Livre à Bruxelles et accompagné d’un DVD de 40 minutes réalisé par le Français Alain Pitten, un remarquable concentré de surréalisme à la belge (on y voit, par exemple, de superbes Noirs affublés en… gilles de Binche !) sur fond de tragédie antique dont les protagonistes se prénomment Patrice, Moïse ou Joseph-Désiré…
France Debray relate avec un beau brio les événements de 1959 à 1964 tels qu’ils apparaissent filtrés par un comité de rédaction constitué des principaux faiseurs d’opinion de la presse écrite d’alors et tels qu’ils furent présentés à et perçus par la vox populi du plat pays qui est le nôtre. Une belle leçon de critique historique ! Et un ouvrage indispensable à tous les Congolais, de nationalité ou de cœur…
Bernard DELCORD

Congo 60 Au fil des actualités Belgavox par France Debray, accompagné d’un DVD
de 40 minutes réalisé par Alain Pitten, Bruxelles, La Renaissance du Livre, juin 2010, 160 pp. en bichromie au format à l’italienne 29 x 24,7 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 39 € (prix Belgique)

14.06.2010

« Ici Londres… »

Les Français parlent aux Français 1940-1941L’ouvrage intitulé Les Français parlent aux Français 1940-1941, présenté par Jacques Pessis et qui vient de paraître aux Éditions Omnibus à Paris à l’occasion du 70e anniversaire de l’Appel du 18 juin, reprend l’intégralité des discours et des messages prononcés entre cette date et le
18 juin 1941 à l’antenne de la French Section de la BBC par Charles de Gaulle et par la poignée de compagnons qui ont mené la guerre des ondes à ses côtés (Maurice Schumann, René Cassin, Georges Bernanos, Jules Romains, Ève Curie, Jean Oberlé, Georges Boris, André Labarthe, Henri Hauck, François Quilici, Paul Bonifas, Jacques Bingen, William Pickles, Gaston Palewski, Yves Morvan alias Jean Marin, Pierre Maillaud alias Pierre Bourdan, Michel Saint-Denis alias Jacques Duchesne…), des émissions qui favorisèrent l’éclosion d’une Résistance active non seulement sur le territoire de l’hexagone mais aussi dans les colonies, plaçant ainsi la France dans le camp des vainqueurs en 1945.
« Ces textes n'étaient pas à disposition du public » explique Jacques Pessis, légataire universel de Pierre Dac, qui fut aussi chroniqueur de Radio Londres, et c’est dans les archives de deux bibliothèques qu’il a retrouvé, sous forme de microfilms, pas moins de 9 000 chroniques, seules traces restantes de l'épopée… « C’est ainsi qu’a débuté une aventure dont il sortira trois volumes de textes publiés chez Omnibus, dont voici le premier… Des textes jadis brouillés par les Allemands, et enfin publiés "en clair" », écrit le préfacier Jean-Louis Crémieux-Brilhac, qui fut secrétaire du comité de propagande de la France libre.
Ce tome 1 couvre la première année de l’Occupation, quand la patrie des Lumières passa sous la coupe du gouvernement de Vichy tandis que la bataille d’Angleterre se soldait par un échec retentissant de la Luftwaffe, et l’ouvrage est accompagné d’un fascicule de 112 pages illustrées, La Bataille de Radio Londres 1940-1944, qui jette un regard dans les coulisses de la « BBC française » et fournit un who’s who de ses intervenants à l’antenne.
Ce qui fait plus de 1250 belles pages d’histoire, en vérité !
Bernard DELCORD
Les Français parlent aux Français 1940-1941 présenté par Jacques Pessis, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Paris, mai 2010, Éditions Omnibus en association avec la Fondation Charles-de-Gaulle, 1152 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée à rabats et en quadrichromie, 29 € (prix France)

11.06.2010

Quand Versailles nous est conté…

Mémoires de Louis XIV« Je n’ai jamais cru que les rois fussent dispensés de l’obligation commune des pères, qui est d’instruire leurs enfants par l’exemple et par le conseil. » À l’apogée de son règne, Louis XIV (1638-1715) dicta diverses instructions pour l’instruction de son fils, le Grand Dauphin. Ces Mémoires, parus chez Tallandier à Paris en 2007 dans la collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein et toujours disponibles en librairie, éclairent sur la personnalité du monarque et sur son action au début de son règne. Sa relation des années 1661, 1662, 1666, 1667 et 1668 rassemble le fruit de ses expériences, notamment les révoltes et les trahisons de la Fronde. Louis XIV s’y montre sans illusion sur la nature humaine et ses petitesses consécutives de la recherche perpétuelle de l’intérêt personnel. Il expose comment, en recourant quotidiennement au partage des emplois et à la distribution des grâces, il a tiré une connaissance aiguë des ressorts de l’âme humaine ainsi qu’une compréhension subtile des rouages du gouvernement et de la diplomatie. Louis le Grand se révèle ainsi, dans ce traité magistral, le meilleur professeur du métier de roi – et de Président de la République...
L’ouvrage est complété par deux versions, rédigées de la main du roi, de la Manière de présenter les Jardins de Versailles, des itinéraires d’une grande sécheresse de forme mais qui s’avèrent d’un beau savoir didactique. Il n’y est malheureusement pas fait mention du Liégeois Rennequin Sualem (1645-1708), ce mécanicien qui ne parlait que le wallon et qui mit au point la machine de Marly alimentant les grandes eaux de Versailles. Snobé par les autres ingénieurs du Roi-Soleil, tous officiers, il fut qualifié par ceux-ci, pour que le distinguo fût clair, du vocable d’« ingénieur civil ». Une expression et un métier étaient nés…
Bernard DELCORD

Mémoires suivis de Manière de présenter les Jardins de Versailles par Louis XIV, présentés par Joël Cornette, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, octobre 2007, 353 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 10 € (prix France)

09.06.2010

Des illusions… désillusions !

Congo 1960Sous-titré Échec d’une décolonisation, l’ouvrage paru chez André Versaille éditeur à Bruxelles sous le titre Congo 1960 réunit, introduits par Colette Braeckman (journaliste du quotidien Le Soir), des textes de Jules Gérard-Libois (fondateur du CRISP), Jean Kestergat (qui officia dans les colonnes de La Libre Belgique), Jacques Vanderlinden (professeur à l’ULB puis à l’université de Moncton au Canada), Benoît Verhaegen (qui enseigna à Lovanium et à l’UNAZA) & Jean-Claude Willame (professeur émérite de l’UCL), des auteurs et des analystes qui ont, pour la plupart, vécu les événements tragiques des débuts de l’Indépendance cha-cha-cha… On se rappelle que dès après le 30 juin 1960, la Force publique se souleva et créa la panique, peu avant que le Katanga fasse sécession et tandis que Patrice Lumumba, Joseph Kasa-Vubu, Moïse Tshombe et Joseph-Désiré Mobutu s'affrontaient, que des troubles sanglants éclataient et que l’ONU entrait en scène. Ce livre dresse tout d’abord un portrait (parfois exagérément critique) de la politique belge dans sa colonie, et résume (de façon parfois exagérément complaisante) les espérances teintées d’illusions soulevées par certains acteurs de la décolonisation, avant de plonger de manière très informée dans les imbroglios politico-ethniques de la politique du nouvel État gangrené in utero par les affrontements de personnes, de langues, d’ethnies et de régions, des vicissitudes qui persistent d’ailleurs encore à l’heure actuelle. Le rôle trouble de l’ONU et de certaines officines belges est mis en lumière, et l’ensemble apporte une contribution indéniable à la compréhension d’un poto-poto qui n’est pas près de sécher !
Bernard DELCORD

Congo 1960 par Jules Gérard-Libois, Jean Kestergat, Jacques Vanderlinden, Benoît Verhaegen & Jean-Claude Willame, introduction de Colette Braeckman, Bruxelles, André Versaille éditeur & Groupe de recherche d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), mars 2010, 156 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 14,90 €

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