20.12.2008
Le Haut-lieu et autres espaces inhabitables
Il s’agit de six nouvelles qui s’étalent sur 15 ans de l’écriture de Lehman, retouchés pour cette reparution, et qui tous confrontent le lecteur à des mystères qui ne seront pas expliqués, à l’exception du récit éponyme. Le Haut-lieu a été publié en 1995 dans la collection « Frayeur » aux Éditions Fleuve Noir et c’est un assez classique récit fantastico-psychologique, dans lequel un appartement se « calcifie » autour du héros comme une conséquence de ses actes... Le gouffre aux chimères provient de l’anthologie de Richard Comballot et Johan Héliot intitulée
La machine à remonter les rêves, parue chez Mnémos en 2005. Ce texte raconte comment un service secret créé dans ce but récupère des livres traitant d’apparitions miraculeuses.
La Chasse aux ombres molles, initialement publiée en 1991 par L’Autre Journal, présente une société qui ne crée rien, mais qui surveille ses collaborateurs de peur qu’ils ne s’en aperçoivent. Superscience, parue en 2006 dans Bifrost, imagine un monde qui vit au cœur des écrits d’auteurs français, américains et allemands d’avant 1941, et où les habitants essaient de réaliser les villes imaginées dans des livres retrouvés, comme Métropolis ou Gotham City. Origami, publié en 2006 dans Ciel et espace, décrit la réaction de divers personnages à la découverte d’une « nouvelle réalité » qui signifierait que l’univers réel se réduit à notre système solaire. La Régulation de Richard Mars, écrite en 1999 (non publiée antérieurement ?) montre un personnage transporté dans un autre monde pour veiller à l’évolution d’une espèce de rats.
Dans chacun de ces récits, le non-dit l’emporte fortement sur l'explicite, et les questions posées par l’histoire restent ouvertes à l’interprétation du lecteur. Des nouvelles qui mettent en appétit pour lire d’autres textes de Serge Lehman...
Georges Bormand
Le Haut-lieu et autres espaces inhabitables par Serge Lehman, couverture de Daylon, Paris, Denoël, 2008, collection « Lunes d’encre », 238 pp., 18 €
21:13
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Orages mécaniques
Ce volume regroupe trois romans de Pierre Pelot datant des années 80 : Kid Jésus, paru chez J’ai lu, Le Sourire des crabes et Mais si les papillons trichent, édités au Fleuve Noir. Ils sont suivis d’une postface de Claude Ecken qui explique ce que les romans auraient pu donner s’ils ne présentaient pas tous trois, faute d’avoir été corrigés, l’aspect de travaux inachevés ou tronqués de parties utiles par un éditeur qui formate ses livres.
Les histoires :
1. Sur une terre post-apocalyptique, qui se souvient que les plus riches sont partis vers des colonies stellaires (mais n’est-ce pas une légende ?) avant que la guerre ne détruise presque entièrement le monde ? Un gouvernement mondial organise, à la sueur des pauvres, la reconquête progressive des territoires dévastés. Un mineur, jouant sur les revendications et les légendes, tente d’unir les « nouveaux Damnés de la Terre », mais il sera broyé par le système.
2. Dans un monde contraint par des lois rigides, un frère et une soeur s’aiment d’un amour incestueux, que les psychiatres vont classer comme schizophrène. La révolte destructrice qui les anime est-elle réelle, ou n’est-elle qu’un rêve de malade ?
3. Dans un monde fasciste, la folie s’étend, et les policiers traquent les malades mentaux. Le héros se retrouve dans un autre monde où il va multiplier les destructions. Mais cette histoire n’est-elle pas le rêve d’un Créateur qui essaye de tricher dans un jeu de Création ?
Trois visions dures, violentes, de formes différentes, du ‘no future’ sans illusion. Intéressantes à découvrir quand, comme moi, on les a ratées à la parution, ou quand on désire avoir une idée de ce qu’était la SF de l’après SF politique. Un volume qui, compte tenu de l’aspect incomplet ou tronqué des trois romans, présente surtout un intérêt documentaire. La postface de Claude Ecken explique parfaitement comment ils s’intègrent dans l’œuvre de Pelot, et dans cette période de la SF française.
Georges Bormand
Orages Mécaniques par Pierre Pelot, couverture de Marc Simonetti, Paris, Éditions Bragelonne, 2008, collection « Les Trésors de la SF », 498 pp., 25 €
20:42
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Crépuscule d'acier
Martin Springfield est un ingénieur civil qui embarque sur le vaisseau de guerre dernier cri de la Nouvelle République pour assurer la programmation temporelle. Le voyage à venir s’annonce délicat car la guerre est déclarée contre le Festival. Venu d’un univers inconnu, se comportant de façon totalement irrationnelle, celui-ci cherche de l’information, toujours et partout.
Pour sauver sa planète, la Nouvelle République décide une manœuvre désespérée : remonter le temps pour détruire l’ennemi avant son arrivée.
Mais la situation globale est complexe : une révolution prolétarienne a éclaté sur la planète, une envoyée de l’ONU espionne pour son compte et, surtout, la menace de l’Eschaton plane. C'est une entité inconnue qui détruit toute civilisation essayant de modifier le cours du temps. Martin, ballotté par les événements, lutte pour sa survie. Mais lui aussi a ses petits secrets.
Charles Stross a un style bien à lui, parsemant son récit de remarques humoristiques et de situations improbables. Parfaitement maîtrisée, l’écriture de l’auteur est plaisante et divertissante, tandis que le récit demeure cohérent et structuré. L’auteur développe des théories scientifiques bien à lui sur la complexité du temps, mais il en tire des paradoxes savoureux.
La multitude d’éléments étranges peut dérouter le lecteur, qui ne sera pas aidé par la présentation confuse retenue par l’éditeur. Mais ce ne sont que des défauts mineurs car avec ses héros charismatiques, ses rebondissements et ses mystères, Crépuscule d’acier réunit tous les ingrédients d’un très bon roman, ce qui s’est traduit en 2006 par une présence en finale pour l’obtention du prix Hugo.
Chris de Savoie
Crépuscule d’acier par Charles Stross, traduction de Xavier Spinat, Paris, Éditions Le Livre de Poche, 2008, 535 pages, 7,50 €
20:15
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19.10.2008
Les visions de Linda Nagata
Cette jeune auteure américaine d’origine japonaise a sorti, avec grand succès, ses premiers romans en 1996, rencontrant de suite obtenu une notoriété (méritée) des deux côtés du Pacifique avec, par exemple, le prix Locus du meilleur premier roman pour The Borg experiment. Elle a aussi obtenu le Nebula de la meilleure novelette en 2000 avec son court roman Godesses (téléchargeable gratuitement en anglais sur son site). Il aura fallu un peu plus de dix ans avant qu’un éditeur français finisse par traduire un de ses romans, Limit of vision (en français Aux marges de la vision) qui lui, date de 2003. Espérons que ce ne soit pas le dernier.
Aux limites du cyberpunk, mais pas vraiment punks, les romans que j’ai lus se déroulent dans un avenir assez proche portant les conséquences de nouvelles découvertes dans les champs de la biologie et de l’informatique ou à l’interface entre ces deux sciences.
Lire la suite de la chronique
et Lire l'interview de Linda Nagata
Georges Bormand
Aux marges de la vision, Linda Nagata, Bragelonne, 2008, 398p., 20€ env.
17:28
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04.10.2008
Ce sera hier
Le futur proche que nous dépeint Le Jeu de Cuse (l’action débute en l’an de grâce 2052) n’est pas exactement reluisant. Suite à un accident nucléaire survenu à la frontière franco-allemande, le centre du continent se retrouve transformé en un « no-man’s land » durablement contaminé par la radioactivité, vidé de ses habitants. L’Union Européenne s’est pour sa part écroulée du fait de la résurgence de poussées nationalistes multiples. La pression migratoire venue du sud s’intensifie chaque année, provoquant l’érection d’une véritable barrière visant à séparer les riches privilégiés des masses issues du Tiers-Monde, avides d’une existence digne de ce nom. La violence s’est, quant à elle, généralisée et le racisme est devenu omniprésent.
Lire la suite
Franck Boulègue
Le Jeu de Cuse,Wolfgang Jeschke ,traduit de l’allemand par Christina Stange-Fayos, 634 p., L’Atalante
19:52
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25.05.2008
Un enfant en 2054
Annabel est une magnifique femme que l’approche de la quarantaine rend fébrile. Incapable de réussir son diplôme d’Aptitude Auprès des Enfants (AAE), elle craint de ne jamais pouvoir devenir mère. Obnubilée par son désir de maternité, elle décide de tout tenter pour contourner la loi sur le contrôle des naissances, quitte à payer un prix démesuré et à mettre en danger son mariage.
Son mari, Andy, est un chercheur surdoué qui a inventé les fulguimas, programmes permettant l’assimilation d’un livre en quelques minutes. Lorsqu’il reçoit Ange en consultation, Andy découvre que le cerveau de l’enfant a muté et qu’il ne perçoit que par images. Andy n’a dès lors qu’un objectif : relancer le projet Expéron, qui lui permettra de soigner le petit garçon. Le savant cherche en effet le moyen de transférer des ressentis d’une personne à une autre via la greffe d’une mansheet, ou morceau d’expérience. L’apprenti sorcier est pourtant loin d’être au bout de ses surprises avec Ange.
Hélène Cruciani signe avec Expéron un superbe premier roman. Sa France de 2054 n’est pas sillonnée de vaisseaux spatiaux mais l’on apprend incidemment que des catastrophes nucléaires ont eu lieu, que virus et cancers foudroyants se sont multipliés, que les ressources sont limitées et que les règlements rythment la vie des habitants. Dans cet univers morbide, l’auteur développe l’histoire d’un couple terriblement humain, aux actes dictés par des passions extrêmes. La personnalité des héros est fouillée et aucun des personnages rencontrés ne présente une psychologie monobloc. Souffrances, espoirs, chacun d’eux illustre un cas unique d’adaptation ou de rejet à son univers.
On pourrait reprocher au récit son manque d’action mais le propos d’Hélène Cruciani n’est pas là. A travers l’histoire prenante de ce couple, une société liberticide convaincante et si proche de la nôtre émerge. L’écriture sans excès de l’auteur est efficace et offre 244 pages de plaisir, malgré un thème difficile et douloureux.
Chris de Savoie
Expéron, Hélène Cruciani, illustré par Laëtitia Deschamps, 244 pages, Editions Griffe d’Encre, mars 2008, 16€.
Commander « Experon »
16:20
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19.02.2008
Le dictionnaire des aliens
Un dictionnaire sur les extraterrestres. Voila donc qui est original.
L’ouvrage de Thierry Acot-Mirande offre, pour la première fois, un tour d’horizon de tous les domaines dans lesquels les extraterrestres ont pu influencer les artistes que ce soit en littérature, au cinéma, en BD, en peinture, la musique ou la télévision.
Classé par ordre alphabétique, ce dictionnaire présente un who’s who des êtres venus d’ailleurs. On y retrouve évidemment des entrées au sujet de grands écrivains comme Wells, Lovecraft, Dick, Van Vogt, mais aussi concernant le cinéma (La Guerre des mondes, Star Wars, 2001 l’odyssée de l’espace), la télévision avec X-Files, Taken, etc.
Une idée originale pour ce dico qui recense tous les domaines artistiques et culturels.
Certes on ne prétend pas ici à l’exhaustivité, ni à un approfondissement infini de chaque thème mais cela donne déjà de belles pistes d’approche.
Marc Bailly
«Dictionnaire intergalactique des extraterrestres : Dans la culture populaire contemporaine » de Thierry Acot-Mirande, Scali, 300 pages, novembre 2007, 24€00
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21:14
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29.01.2008
Classique écologique
Le Navire en pleine ville est une petite maison d’édition qui mène de front la publication d’œuvres nouvelles et la reparution d’œuvres appréciées. Ce court roman (on devrait plutôt parler de novella) d’Yves Frémion appartient à la deuxième catégorie, puisqu’il est paru en 1983 aux éditions Piranha, puis reparu en 1986 chez Folio junior. Cette courte histoire s’adresse donc aux « jeunes adultes » de quelques dix ans pour leur donner une leçon de relativisme bienvenue : sans jamais confronter de manière brutale la vie des tongres, quadrupèdes intelligents qui habitent une planète à trois soleils, aux « envahisseurs » qu’on peut supposer être des colons humains venus exploiter les richesses minérales de cette planète sans se soucier des indigènes même pas humanoïdes.
Il oblige à réfléchir sur la cohérence de la vie traditionnelle des tongres, vie calme et sans conflit majeur, mais aujourd’hui perturbée par la présence et les déprédations des « extra-planétaires ». Les quelques tongres de l’histoire vont prendre conscience de la nécessité de modifier leur mode de vie pour s’adapter aux changements, de faire reconnaître leur existence et de parvenir à une cohabitation avec les colons, d’éviter que les extractions minières et l’accroissement de la radioactivité du terrain qu’elles provoquent, réduisant de ce fait la surface habitable par les tongres, ne provoquent leur disparition.
Mais, même si le livre conclut par une prise de conscience et un message d’espoir dans l’évolution des tongres et leur adaptation à ces nouvelles conditions, le récit se contente de présenter la vie d’un groupe de tongres qui s’est formé à l’occasion des jeux d’entrée dans la vie d’adulte et de découverte sexuelle et d’aller jusqu’à la fin de cette génération précise, la première à avoir vécu toute sa vie dans un monde affecté par le changement. Juste décrire un monde possible, sans message ou thèse écologiste explicite, mais avec une grande sensibilité. Une écologie autre, sans référence directe à nos problèmes sur Terre, mais malgré tout, une manière de créer une perception de l’écologie, de la dépendance de toutes les formes de vie, dans une langue simple, accessible aux enfants.
Le jury, qui a récompensé ce livre (Grand prix du livre de jeunesse 1983) à juste titre, a apprécié le ton simple, non directif, mais tellement persuasif. Le livre plaira aussi aux adultes qui ont su conserver la capacité de s’émerveiller et d’éprouver une sympathie méritée pour ces tongres.
Georges Bormand
Yves Frémion, Tongre, Illustration : Pierre Huber/Franck Virens, 96 p., Le navire en pleine ville, 2006, 11€50.
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18:11
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02.01.2008
Le goût de l'immortalité
J’ai lu le livre de Catherine à sa sortie chez Mnémos, aussi réagis-je tout de suite à la 4° de couv qui, à mon avis, inverse le cœur du livre en présentant Cmatic comme le personnage central et l’adolescente « étrange » (de fait la narratrice) comme un personnage secondaire.
La couv’ de Jackie Paternoster est totalement sans intérêt. Mais le livre n’a rien perdu de sa noirceur et de son intérêt à la relecture.
L’histoire : en racontant ses souvenirs, la narratrice, qui a trouvé une voie magique vers l’immortalité quand d’autres la cherchent dans les greffes et le clonage, nous montre l’enfer pollué et inhumain qu’est devenu le monde du 22° siècle ; un monde où les blancs ont disparu, mais où les imiter, rechercher leurs souvenirs, est du plus haut chic dans la bonne société asiatique ; où les étages séparent suburbains sauvages et habitants des tours… Un monde où il faut vraiment être profondément intoxiqué par le « goût de l’immortalité » pour vouloir prolonger encore son existence…
Le style de ce roman est inimitable, que ce soit par l’usage particulier que fait la narratrice des majuscules, réservées aux Espèces Animales ou aux Fleurs et refusées aux noms propres, par les mélanges de citations venues des cultures asiatiques, parfois aussi des cultures occidentales…
Une fois que l’on a pénétré dans cet enfer futur, plus rien ne surprendra le lecteur, tellement ce monde est, hélas, cohérent et possible !
Bref, une des œuvres les plus construites et réussies que nous ait proposé récemment la SF française.
Ce livre a obtenu le Prix Bob Morane en 2006.
Georges Bormand
Catherine Dufour, Le Goût de l’immortalité, Livre de poche, septembre 2007, 320p, 6€.
Acheter « Le goût de l’imortalité » de Catherine Dufour
19:05
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21.12.2007
Blade runner by Philip Kindred Dick ?
Je vous en ai parlé il y a peu, Blade runner, un des films majeurs du XX° siècle est enfin publié dans la version intégrale voulue par son réalisateur, Ridley Scott, après 25 ans de malentendus avec la firme, Warner. Nathan Skweres, l'une des voix journalistiques du Grand Morning de Nostalgie, vous parle, ci-dessous, du roman de Philip K. Dick qui a inspiré ce long métrage culte.
« Blade Runner : Final cut », de Ridley Scott, Warner, 2007, 112 min, 24€98
Acheter «Blade Runner : Final cut »
00:04
Ecrit par Brice
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